martes, 9 de abril de 2013

Plan de cours



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UQAM
Département d’Études Littéraires

Automne 2012
Sigle: LIT 4285
Titre: Littérature érotique
Prof: Antonio Domínguez Leiva


Descriptif
Comprendre la façon dont l’imaginaire érotique se déploie dans le texte littéraire. Analyse des figures et symboles érotiques d’un ensemble d’œuvres représentatives. Dispositifs scripturaux qui caractérisent ce corpus : mise en scène du sexe, transformation du corps, effets de voilement et de dévoilement.


Objectifs particuliers du cours
Aux termes du cours, l’étudiant(e) sera en mesure de :
- Développer une réflexion personnelle sur la question de l’érotisme en littérature
- Comprendre et situer les textes-clés de la littérature érotique dans l’évolution culturelle de la construction de la sexualité
- Confronter différentes théories, approches et formes de l’érotisme littéraire
- Décoder les dispositifs scripturaux qui caractérisent la mise en écriture de l’érotisme

Contenu
Le cours va combiner l’analyse des grandes questions théoriques qui traversent l’érotisme littéraire avec une approche culturaliste qui situe celui-ci dans les grands axes de l’évolution culturelle de la sexualité.
Bien qu’elle semble aller de soi dans le choix de son objet privilégié (l’écriture de l’amour dans son versant sensuel et physique), la littérature érotique constitue un genre pour le moins paradoxal, voir un non-genre. Menacée par une double impossibilité, sa définition ne peut englober toute littérature ayant trait à l’amour sexuel (puisqu’elle se confondrait alors, de fait, avec la littérature tout court, depuis la Bible jusqu’à la chick lit contemporaine) ni se cantonner, sans problème, à un genre strictement codifié où la sexualité serait la dominante discursive puisque, omnigenre, la littérature érotique nourrit roman, poésie, théâtre, nouvelles, contes, chansons, mémoires, correspondances et essais. La notion elle-même, en tant que terme spécifique, de « littérature érotique » est relativement récente, produit, comme la scientia sexualis moderne, de l’âge bourgeois, étant définie par les lexicographes du XIXe siècle comme une production « qui a l’amour pour sujet, qui parle, qui traite de l’amour » (Grand Larousse Encyclopédique, 1875) et que l’on vise à distinguer (ce qui continuera à poser problème jusqu’à nos jours) de la pornographie qui, elle, « dépasse les bornes de la décence et de la pudeur » (Lachâtre, 1881). Bien plus l’irruption du terme comme label éditorial lié à un grand marketing de masses (et non plus à la clandestinité) date de la récupération marchande de la révolution sexuelle des années 1960.
Néanmoins le terme se projette sur quantité d’œuvres antérieures à sa création, traversant les cultures et les époques jusqu’à former un canon relativement stable qui s’incarne dans des textes aussi variés et disparates que le Cantique des Cantiques, le Kama Sutra, les épigrammes gréco-romains, les fabliaux médiévaux, les dialogues humanistes, les recueils « satyriques » du Grand Siècle, les romans libertins des Lumières, la littérature sous le manteau de l’âge bourgeois et la haute littérature de la transgression dans la modernité occidentale puis globale. Ainsi comprise, la littérature érotique suit les grands paradigmes de la construction culturelle et discursive de la sexualité (marquée notamment par les jeux de répression et de censure) à la fois qu’elle infléchit dialectiquement celle-ci par des éclatantes ruptures (le cas Sade, l’expérience des limites de Bataille, etc.).
L´on peut alors cerner, au-delà de ces paradoxes et évolutions, la littérature érotique comme étant structurellement régie par une série constituante de dialectiques : celle du désir et de la loi, du tabou et la transgression, du dire et du suggérer, du dicible et du non-dit, du voilement et du dévoilement, du corps et du langage, du propre et du sale, du sublime et de l’abject, du réalisme et de l’irréalisme, de la diction et de la monstration, de la création et la réception, de l’écart stylistique et de la norme, de la résistance et la conformité, de l’avant-garde et la production de masses, de l’identité et l’altérité, du masculin et du féminin, de l’hétéronormatif et du queer, de la nature et la culture, du récit et du discours.
C’est ainsi que l’on sera à même de comprendre la littérature érotique à la fois dans ses dispositifs scripturaux invariants et dans sa prodigieuse fluctuation de topoï, motifs et iconographies marquée avant tout par l’évolution culturelle des mentalités collectives.

Avertissement : certains des textes et des images étudiés peuvent heurter des sensibilités.

Pédagogie
Cours magistraux. Séances d’analyse de texte. Enseignements magistraux encourageant la participation des étudiants

Modalités d’évaluation
Deux travaux écrits avec une certaine liberté dans le choix des œuvres étudiées composent la note finale.
1. 40%, 8e semaine de cours, 5 à 7 pages ou exposé oral
Soit le  compte rendu critique d’une œuvre s’inscrivant dans la problématique du cours
Soit le compte rendu critique d’un essai portant sur la problématique du cours

2. 60%, 15e semaine de cours, 10 à 12 pages
Analyse d’une œuvre en fonction de la perspective du cours

Conformément à l’énoncé des principes adopté par le Module et le Département d’études littéraires, l’évaluation des travaux tient nécessairement compte de la qualité de la langue : maîtrise des règles de syntaxe et de composition (organisation générale du texte), justesse et étendue du lexique, respect de l’orthographe.
Les étudiant(e)s qui le désirent peuvent récupérer leurs travaux de fin de session en remettant au professeur une enveloppe pré adressée et pré affranchie.


Bibliographie
(ne comprend que les textes qui seront utilisés en cours, que ce soit intégralement ou en partie)

Textes littéraires (cinq œuvres à choisir dans cette liste):
J. P. Goujon Anthologie de la poésie érotique, Points, 2003
Lucius ou l’Âne  (différentes éditions online)
Pétrone, Le Satyricon (différentes éditions online)
Les écarts du prince Hailing, Picquier poche, 1999
An. L’École des filles, La Musardine, 2001
Abbé du Prat, Vénus dans le cloître Actes Sud, 2001 (online sur leslivrespourtous.com)
Boyer d’Argens, Thérèse Philosophe, La Musardine, 1998
An, Le portier des Chartreux, Histoire de Dom Bougre écrite par lui-même, Babel, 1993
J. Cleland, Fanny Hill, Babel 2008 (plusieurs éditions online en anglais)
Diderot, les Bijoux indiscrets, (plusieurs éditions online)
Sade, La Nouvelle Justine, (plusieurs éditions online)
A. de Musset, Gamiani ou deux nuits d’excès, (plusieurs éditions online)
Sacher Masoch, Vénus à la fourrure, (plusieurs éditions online)
Apollinaire, Les Onze Mille Verges, J’ai lu, 2000
Louys, Trois filles de leur mère, (online sur wikisource.com)
Bataille, Mme Edwarda, Le mort, Histoire de l’œil, 10/18, 2002
Miller, Henry, Tropique du Cancer, Folio, 1972
Nin, Anaïs, Vénus Erotica, Livre de Poche, 1981
Genet, Jean, Querelle de Brest, Gallimard, 1981
E. Arsan, Emmanuelle 1, La musardine, 1999
Aury, Dominique (ps. P. Réage) , Histoire d’O suivi de Retour à Roissy, Livre de Poche, 1999
Noël, Bernard, Le château de Cène, Gallimard, 1993
C. Bukowski, Women, Le livre de poche, 1984
Millet, Catherine, La vie sexuelle de Catherine M, Seuil, 2001
Arcand, Nelly, Putain, Seuil, 2001
Esparbec, La foire aux cochons, La Musardine, 2004
E. L. James, 50 nuances de Grey, JC Lattes, 2012

Textes théoriques obligatoires:
G. Bataille, L’érotisme, Editions de Minuit, 2011
D. Maingueneau, La littérature pornographique, Armand Colin, 2007

Certains documents online complèteront ce panorama sur le blog du cours http://erolitt.blogspot.ca/
À consulter, par ailleurs : J. J. Pauvert, Anthologie des lectures érotiques, Stock, 1995 (4 volumes)

Bibliographie sommaire:
S. Alexandrian, Histoire de la littérature érotique, Payot, 1995
O. Bessard-Banquy, Sexe et littérature aujourd'hui, La Musardine, 2010
G. Brulotte, Oeuvres de chair figures du discours érotique, PU Laval, 2004
F. Evrard, La littérature érotique ou l’écriture du plaisir, Les Essentiels Milan, 2003
            De la fellation dans la littérature, Le Castor astral, 2001
J. Goulemot, Ces livres qu’on ne lit que d’une main, Minerve, 1994
N. Huston, Mosaïque de la pornographie, Petite Bibliothèque Payot, 2007
Lo Duca, Histoire de l’érotisme, Jean-Jacques Pauvert, 1959
E. Salaün, Oser Éros, L´érotisme dans le roman québécois, Nota bene, 2010
G. Scarpetta, Variations sur l’érotisme, Descartes & Cie, 2004
J. J. Pauvert, La littérature érotique, Dominos, 2000

Contextes historiques :
A. Corbin, L’harmonie des plaisirs, Champs Flammarion, 2010
M. Dottin-Orsini, Cette femme qu’ils disent fatale, Grasset et Fasquelle, 1993
M. Foucault, Histoire de la sexualité. La volonté de savoir, Gallimard, 1973
S. Hubier, L’érotisme à l’âge bourgeois, Éditions du Murmure, 2009
            Lolitas et petites madones perverses : Emergence d'un mythe littéraire, EUD, 2007
T. Laqueur, Le sexe en solitaire : Contribution à l'Histoire culturelle de la sexualité, NRF, 2005
R. Muchembled, L'orgasme et l'Occident, une histoire du plaisir du XVIe siècle à nos jours, Seuil, 2005
M. Praz, La chair, la mort et le diable dans la littérature du XIXe siècle, Gallimard, 1988
J. Solé, L´amour en Occident à l´époque moderne, Complexe, 1984
J. P. Warren, Une Histoire des Sexualités au Québec au XXe Siècle, Vlb, 2012

Online, téléchargement de la Revue d’études culturelles, n. 1 « Érotisme et ordre moral » (www.etudesculturelles.weebly.com)